Repenser l’initiation chrétienne

Quiconque entend la grande mission que Jésus donne à son Eglise de « faire des disciples » (Mt 28) ne peut que rapidement se poser la question d’une méthode qui ne repose pas sur l’efficacité pastorale mais la puissance de Dieu. Personnellement, les précédents billets de ce blog me permettent déjà d’avancer quelques éléments fondateurs, quelques principes sur lesquels RE-poser cette pastorale. En effet, une initiation chrétienne qui serait seulement sacramentelle serait largement insuffisante. Il faut élargir ce qu’est l’initiation pour ne pas faire des pratiquants mais des disciples. 

Fondamentalement, sa dynamique doit être celle de la vie dans l’Esprit, ponctué de sacrements : surtout pas l’inverse. La dynamique de vie dans l’Esprit doit toujours englobée les parcours de préparation au sacrement pour arrêter de faire croire que le sacrement est le terme de la vie chrétienne. Le terme est « suivre Jésus ». Autrement dit, il n’y a pas de terme, si ce n’est une relation jamais acquise : Jésus. Listons ici les quelques principes.

Premièrement, elle doit être KERYGMATIQUE: proclamer l’œuvre de Dieu en Jésus! Annoncer Jésus mort et ressuscité. On peut penser ici au discours de Pierre en Actes 2. C’est le modèle de l’annonce kérygmatique et le modèle d’une bonne prédication. Proclamer la mort et la résurrection, c’est déjà permettre à Dieu de toucher les cœurs. 

Deuxièmement, elle doit EXISTENTIELLE. Elle doit permettre de faire l’expérience de l’amour de Jésus : de tout faire pour que Dieu puisse lui-même se révéler, révéler son musterion[1]. Fondamentalement, c’est Jésus qui nous initie à lui-même et non nous-mêmes qui nous initions à lui. Il est urgent sur ce point d’évacuer le pélagianisme[2] qui a repris place dans l’Eglise. Spirituellement, cette initiation se fait sur un fond de passivité : si la grâce n’a pas l’initiative, on se sauve tout seul. S’initier à la vie chrétienne, ce n’est pas apprendre des choses au sujet de Jésus ; c’est laisser Jésus m’apprendre des choses sur lui. Sur ce point, je plaide pour un juste pentecôtisme dans l’Eglise catholique, car il rejoint un axe ignatien : « Dieu peut se communiquer directement à sa créature. » Je sais que c’est vite dit ici : mais c’est dit !

Troisièmement, cette initiation doit être INTEGRATIVE. Être chrétien, c’est d’abord appartenir à une communauté chrétienne. Là-dessus, les développements du P. James Mallon sont lumineux, notamment sur les bienfaits du Parcours Alpha, comme parcours favorisant l’appartenance.

Quatrièmement, il doit bien sûr être SACRAMENTELLE, reprenant les sacrements de l’initiation chrétienne. Ceux-ci doivent être reçu au bon moment, qui sera pour chacun différent. La foi est fondamentalement une réponse à l’œuvre de Dieu en Jésus, à son amour. Laissons les nouveaux chrétiens faire l’expérience de cette amour, d’une véritable conversion ; alors les sacrements retrouveront leur dimension de réponse et leur fécondité.

Cinquièmement, cette initiation doit être une école de RELATION avec Jésus, une école de disciple, plus qu’une école de pratique. Apprendre à fréquenter les Ecritures tous les jours, c’est apprendre à écouter le maître tous les jours et ainsi devenir disciple. Apprendre à lire la Bible et à prier avec ce que me dit l’Esprit Saint. Le but doit être de favoriser une juste autonomie spirituelle des chrétiens pour arrêter de rencontrer des chrétiens qui ont besoin d’un prêtre pour prier.

Sixièmement, cette initiation doit contenir les rudiments du LEADERSHIP. Il faut dès le début faire des disciples-missionnaires. On ne peut séparer ces deux termes. Le pape François a tenu au trait d’union entre ces deux mots pour une raison essentielle : un disciple est missionnaire.  Sur ce point, j’ai remarqué qu’Alpha est un bon outil pour commencer à former des leaders : apprendre à être au service, à animer un groupe de discussion, apprendre l’attitude du missionnaire en regardant les autres leaders, en écoutant, et en faisant des premiers pas avec un débriefing par la suite. Les disciples ont appris à être en mission en regardant Jésus faire ; c’est seulement dans un second temps que Jésus les a envoyés.

Ces six principes me semblent aujourd’hui indispensables pour faire des disciples sur une durée variable selon chacun. L’ordre de ses principes n’est pas absolu. De toute manière, tout principe n’est pas d’abord une efficacité recherchée par une équipe pastorale, mais au contraire la recherche de l’efficacité de Dieu, de sa grâce. Pour terminer avec la Bible, n’oublions jamais que « si l’Eternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; si l’Eternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain. » (Ps 127,1). La visée ultime de l’initiation chrétienne est de permettre à Jésus de nous initier lui-même à son amour !


[1] Cf. les deux articles de ce blog :

[2] Doctrine ou pensée sur laquelle l’homme est considéré comme acteur de son salut. Sur le principe, on y tous opposé ; dans la réalité, nos paroisses et nos mentalités en sont imprégnées.  


2 réflexions sur “Repenser l’initiation chrétienne

  1. bel article et très belle synthèse de ce que devrait être la vie chrétienne en Eglise ! mais c’est un peu rapide et du coup, on reste sur sa faim… Certes, cela laisse la voie pour des développements ultérieurs d’approfondissement que j’attends avec impatience. Mais du coup, je me pose une question : l’articulation entre le point 2 et le point 5 : j’ai l’impression qu’ils sont interdépendants ou redondants ? En attendant les compléments, je vais suivre ce programme, il est clair et évident ! Et merci de nous expliquer ce qu’il faut entendre par pélagianisme : le Pape François l’a évoqué plusieurs fois et je trouve votre explication limpide.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci de ta réaction! Les articles sont volontairement court (une page A4) afin d’encourager la lecture! Ce ne sont en rien des exposés théologiques, ou des synthèses parfaites. Ils visent à être débattu.
      En soit, tous les points sont interdépendants ou redondants (excepté le 6ème qui est un peu différent). Ce sont des perspectives différentes sur une même réalité: expérimenter le salut, recevoir le salut en Christ.
      En Dieu, tout peut être ramené à une seule chose. Mais pour nous qui sommes dans le temps, il faut du …. temps. Le point 2 met l’accent sur le passage de Dieu: une expérience ponctuelle ou diffuse où j’ai expérimenté qu’il est venu me sauver, qu’il m’a tiré d’une épreuve, qu’il ma révélé un amour englobant mon péché, que je suis radicalement impuissant à me sauver et que seul peut le faire et le fait, …. il y a mille manières de dire cela.
      Le point 5 met l’accent sur le processus. Pour moi-même, il m’a fallu du temps pour tisser cette relation personnelle. Apprendre à parler au Maître tous les jours, apprendre à l’écouter, comment prier, comment écouter la voix du Maître, comment reconnaître sa voix dans les voix qui habitent mon esprit, comment l’entendre dans sa Parole, … Ce point 5 est un processus sans fin. Je n’ai moi-même pas terminer. Plus je lis la Bible, plus je connais Jésus: mais je n’ai pas fini de le connaître. Mais en parlant de ce point 5, je voulais entre autre dire qu’il faut mettre en place une amorce de cela: nos paroisses ont besoin d’école de prière qui soient authentiquement des écoles de relation Maître-Disciple., des écoles de relation personnelle avec Jésus Maître et Seigneur. Car fondamentalement, c’est bien cela que Jésus nous demande d’être.

      Concernant le pélagianisme, le pape en parle souvent. C’est une hérésie des premiers siècles consistant à gagner son salut: je me sauve moi-même par mes bonnes œuvres, par mes valeurs, … Or fondamentalement, nous devrions faire des bonnes œuvres PARCE QUE nous sommes sauvés, et non pas pour l’être. Luther a cette phrase remarquable: « la bonne oeuvre est une louange ».
      Le pélagianisme peut prendre plusieurs formes. Souvent, nous-mêmes chrétiens, nous sommes pris par cette logique quand nous nous engageons en vue de faire bien, en vue de mériter quelque chose. Nous œuvrons pour montrer à nous-mêmes et aux autres les valeurs qui sont les nôtres.
      Mais ce peut être autant de façon de ne pas dépendre de la grâce. Agir sans la grâce; agir pour mériter le salut; agir pour être quelqu’un de bien (or ce n’est pas la question: je suis sauvé); agir par mondanité.
      En cela le point 2 est capitale: car si je fais l’expérience du salut et si j’en fais mémoire tous les jours dans ma relation personnelle avec Jésus, alors toutes mes actions de la journée auront de forte chance d’être une louange et non faite en vue de gagner du mérite.

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