Rêves et réalité

La plus grande chose que j’ai apprise en mission sur ma précédente paroisse est l’exigence de tenir ensemble rêve et réalité. La conjugaison de ces deux éléments est extrêmement féconde. A première vue opposées, ces deux notions sont en fait les leviers de transformation du monde par la puissance de l’Evangile ! La tension de ces deux notions permet au Royaume de Dieu d’advenir déjà parmi nous.

Si on ne tient que le réel, la pastorale est sans force, sans espérance, sans conviction. Nous naviguons de Charybde en Scylla, voulant éviter de faire des remous. Nous ne faisons que chercher les compromis, voguant dans l’univers du possible, de la bienséance, de la conformité au monde.

Si on ne s’accroche qu’aux rêves, on devient un pur idéaliste enchaînant les « si seulement », les idées désincarnées. On ne fait que rêver ses idées, sa pastorale. On se met à juger nos frères et sœurs en Christ, car ils ne sont jamais conformes à nos rêves : ils ont toujours des traits de caractères en trop. A la fois, il nous manque des gens pour réaliser nos rêves pastoraux ; et à la fois, ceux qui sont avec nous ne sont jamais les bons.

Mais dès lors qu’on demeure dans la tension entre rêves et réalité, dès lors qu’on se laisse écarteler par ces notions en apparence antinomiques, dès lors qu’on l’on veut tenir le ciel et la terre ensemble, peut se lever une vague, une sorte de réveil, une puissante motion de l’Esprit Saint qui fait son œuvre parmi nous.

La première place revient aux rêves (en leadership, on parlerait de vision) ! Plus je lis la Bible dans l’Esprit et plus je rêve. J’avoue aussi que plus je la lis, plus je me demande pourquoi nos paroisses en sont si éloignées ! Sans doute parce qu’on n’y croit pas véritablement, excepté à un ou deux versets ! Passons. La lecture biblique nourrit et féconde mes rêves. C’est comme un recueil des potentialités de la grâce ! St Paul dirait que c’est notre héritage : la foi permet de recevoir ces promesses. La foi permet aux rêves de Dieu de devenir réel ! La foi me permet de devenir héritiers des promesses bibliques de Dieu, de ses rêves pour moi et ma communauté paroissiale. Avoir la foi, proclamer sa foi, déclarer les promesses de Dieu revient à s’exercer à rêver à la hauteur des idées de Dieu, de sa vision sur ma paroisse et faire advenir cela dans le labyrinthe du réel. En effet, « 8 car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l’Eternel. 9Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. » (Is 55, 8-9)

Puis, tout en s’accrochant aux rêves, en adhérant dans la foi aux rêves de Dieu, il s’agit de plonger dans le réel, avec tout ce qu’il est, dans le moindre petit détail. Il s’agit d’embrasser le réel dans sa concrétude, ses odeurs, sa pesanteur, en faisant avec les gens tels qu’ils sont. La démarche pastorale l’impose : afin de quitter toute projection idéologique, partir du réel tel qu’il est ; prendre les gens « par la main » là où ils en sont ; ne pas chercher à les mettre dans des cases, car celui qui veut être un authentique pasteur ne peut projeter des cases sur des gens tous différents, tous singuliers, sur des chemins de vie unique. L’exigence du pasteur est de situer le point de départ des gens qu’ils rencontrent : où en sont-ils ? Sur quel chemin ?

Dès lors que l’on veut tenir rêves de Dieu et réalité, commence un écartèlement cosmique, une lutte au corps à corps avec la Bible et ce qu’elle dit, pour ne lâcher ni les rêves ni la réalité. Une lutte pour tenir dans la conviction que le rêve peut se réaliser sans juger le réel qui n’y est pas encore. Une lutte pour tenir le réel sans désespérer, sans cesser de rêver et croire à la promesse biblique.


2 réflexions sur “Rêves et réalité

  1. « J’avoue aussi que plus je la lis, plus je me demande pourquoi nos paroisses en sont si éloignées ! »

    De quelle Bible parle-t-on ? Des 2 premiers chapitres des Actes, dont on sait qu’ils sont aux actes des apôtres ce que les premiers chapitres de la Genèse sont à l’Ancien testament ?

    Parce que dans ma bible dès le 3e à chapitre ça se gâte. Des disciples veulent flouer l’Esprit Saint et des apôtres, il y a des crises de leadership, on n’est pas d’accord sur ce qu’il faut faire, s’il faut accueillir les non-circoncis ou pas, etc.

    Pour moi à l’exception de ces quelques chapitres la Bible n’est pas le lieu du rêve que tu décris, mais l’histoire de la fidélité et de la miséricorde de Dieu face aux imperfections des hommes qui y sont décrites à loisir.

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    1. J’entend! Désolé, car je sais que je peux irriter!
      J’avoue que mon rapport à la Bible n’est pas usuel! J’avoue aussi que je suis un peu dur sur les pratiques de mes frères catholiques. Sans doute, que je manque un peu de nuances.
      Je ne parle pas seulement de la Bible qui révèle la fracture entre l’homme et Dieu. Je ne parle pas seulement de la Bible des Actes des Apôtres.
      Je parle bien de TOUTE la Bible: celle du Deutéronome (que je relie depuis hier), celle des Romains (que j’ai lu 7 fois depuis début août), celle des Proverbes, celle des Prophètes, etc. Je parle de ce recueil de promesses dont nous sommes fait héritiers par la foi.
      Mon rapport à la Bible a basculé il y a 5 ans quand je me suis mis à prier sur un verset (Rm 8, 14) afin de lutter contre la peur de célébrer la messe devant 500 jeunes. J’avais écrit ce verset sur une feuille, et je priai debout, les pieds sur cette feuille posée par terre. Je voulais faire l’acte de foi de mettre toute ma confiance dans ce verset, tout mon être sur cette parole.
      Et je me suis rendu compte que la théologie disait vrai: la Parole est performative (cf. Benoit XVI, Spe Salvi, entre autres). La Parole fait ce qu’elle dit par la foi. Elle réalise en moi ce qu’elle dit par la grâce. Elle n’informe pas seulement, elle performe. Parfois, elle performe rapidement, parfois il faut plusieurs mois pour qu’elle réalise en moi ce qu’elle dit.
      Elle ne raconte pas seulement, elle révèle dans l’Esprit! Elle n’informe pas seulement, elle performe! Alors que bien souvent, nous la considérons comme de l’ordre d’une histoire. Or la théologie ne dit pas cela.
      C’est ce rapport à la Bible que je souhaite partager avec les frères! Et surtout, la mettre en application ensemble, livre par livre, verset par verset!

      Comme tu le dis, elle est fondamentalement le lieu de la fidélité et de la miséricorde de Dieu face à notre infidélité. Et cela, nous l’annonçons et le célébrons dans sa globalité! Surtout à St Paul des 4 Vents!

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