L’accès à Dieu dans l’Eglise Catholique

        Mon arrivée en paroisse il y a deux ans a soulevé des nouvelles questions venant de la pastorale. J’étais acculé à tremper mes concepts appris en cours de théologie dans le feu de l’expérience paroissiale. Une des questions fut de repenser les moyens qu’un chrétien a d’avoir accès à Dieu. Les voies d’accès à Dieu sont de deux sortes : par les sacrements et par la vie dans l’Esprit. Le premier moyen a une logique binaire(j’ai communié ou non, je me suis confessé ou non, …), l’autre a une logique infinitésimale et qualitative (plus j’ai conscience de la présence de Dieu à côté de moi là où je suis, plus je communie à sa présence). La vie dans l’Esprit nous permet d’avoir accès à Dieu sans aucun ministre et sans même l’Eglise (au sens institutionnelle). Elle est décrite entre autres en Romains 8, et résumée par cette phrase : « C’est par lui [Jésus] que les uns et les autres nous avons accès en un seul Esprit auprès du Père. » (Ephésiens 2,18). En Jésus,dans l’Esprit, nous avons libre accès au Père : il n’y a pas d’autre condition. Beaucoup de témoignages de saints nous attestent des expériences spirituelles au sein de cette vie dans l’Esprit, sans la présence de l’Eglise institutionnelle(sainte Thérèse d’Avila devant la statue du Christ flagellé, saint François àSan Damiano, saint Ignace de Loyola au Cardoner, …). L’expérience du Renouveau Charismatique démocratise cela : les manières dont Dieu se révèle et les moyens que nous avons pour avoir accès à lui déborde de très loin l’action sacramentelle : une assemblée de louange, la prière des frères, une prière de libération, un chant en langue, la lecture continue de la Bible dans l’Esprit,… Autant de manière d’être dans la présence réelle de Jésus, de bénéficier de sa grâce, et de le connaître.

         S’est posée en moi la question del’articulation entre la pratique sacramentelle et la vie dans l’Esprit. Dans l’Eglise,dans une paroisse, comment proposer avec justesse ces deux moyens ?Comment apprendre aux chrétiens a utilisé ces deux moyens selon ce qu’affirmela Bible ? J’ai alors commencé mes recherches en travaillant les occurrencesdu « musterion » de Dieu, d’oùTertullien a tiré le mot de sacrement (cf. les deux billets portant sur cesujet dans le blog).

            L’écart sémantique entre le musterion et le sacrement est considérable et à ce titre frappant. Peut-être était-il justifié à l’époque de Tertullien. Mais il me semble que dans le contexte actuel, il mériterait d’être de nouveau interrogé. Au sens biblique, nous avons un accès très large au musterion de Dieu. Or Tertullien et par la suite la théologie catholique a mis un accent très fort sur l’accès à Dieu par les sacrements : c’est-à-dire par un acte à caractère juridique d’un ministre ordonné. La pastorale sacramentelle fut et reste encore aujourd’hui le moyen privilégié voire unique d’avoir accès à Dieu. A tel point qu’aujourd’hui, on me dit : « ah ! Grâce à vous mon père, on a Jésus ! » Ce qui me met très mal à l’aise, car selon les Ecritures, c’est archi faux ! On survalorise la présence substantielle de Dieu dans l’eucharistie à tel point qu’on dévalorise voire qu’on ignore sa présence réelle dans l’Esprit partout où nous sommes. Il suffit de lire quelques pages de la Bible pour démonter cette position qui n’est pas conforme à la Révélation.

         D’où mon hypothèse qui appelle un débat dans le contexte actuel : la source du cléricalisme se trouverait dans cet écart sémantique entre le musterion et les sacrements. Par cet écart de sens, l’Eglise a considérablement mis l’accent sur une des manières, en négligeant les autres. Pour faire court, on aurait cléricalisé l’accès à Dieu ; on aurait cléricalisé la grâce. Non pas que les sacrements soient faux, mais on a tellement négligé le reste que le prêtre est effectivement mis en position d’être un intermédiaire indispensable de la grâce. Ce qui peut conduire aux abus qu’on dénonce aujourd’hui : abus d’autorité, culture de l’abus dénoncé par le pape, prêtres au-dessus de la morale, …

            Cette hypothèse soulève une multitude de questions :

  • N’y a-t-il en fait que 7 sacrements ou beaucoup plus ?
  • Faut-il encore parler de sacrement ? ou simplement du baptême, du mariage, … afin de ne plus ignorer tous les autres moyens d’avoir accès à Dieu en Jésus, afin de ne plus laisser penser qu’il n’y a que ces sept moyens ?
  • Comment repenser ensemble l’accès à Dieu et la question du ministère du prêtre ?
  • y aurait-il d’autres ministères à nommer pour décléricaliser l’accès à Dieu ?

Place au débat ! Non pas pour critiquer facilement l’Eglise, mais pour l’aimer et chercher la vérité !


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