Refonder une pastorale sur la structure de la conscience

Et si la clé de tout progrès spirituel se trouvait dans la conscience ? Et si la clé pour refonder une pastorale féconde se trouvait dans le for interne ? Telle serait l’idée que le cardinal John Henry Newman nous intimerait depuis son XIXe siècle, siècle singulier qui vit émerger la subjectivité, siècle de Kierkegaard et de la naissance de la psychologie ?

L’argument est double. Bien évidemment que suite à la révélation des abus de conscience, il semble évident que la notion de consentement mais aussi celle d’assentiment chère à Newman, semblent s’imposer comme un acquis anthropologique, sociale et institutionnel. La conscience ainsi que ses prérequis sont désormais des incontournables. Cela avait déjà été dit. Mais la révélation des abus a enfoncé le clou.

Il y a un autre argument tout aussi pertinent. L’hypothèse est que si notre pastorale manque de fécondité, si les baptisés quittent l’Eglise quelque temps après leur baptême, si l’on a du mal à fidéliser les chrétiens dans l’Eglise, ce serait que la structure de la conscience n’a pas été suffisamment activer. Remettre la conscience au centre ne serait pas seulement un impératif dû au respect qu’on lui doit et à sa dignité ; mais aussi une nécessité urgente pour plus de fécondité : pour que Dieu puisse déverser davantage de ses grâces et donc des fruits de l’Esprit dans la conscience des chrétiens.

En philosophie, on a souvent mis en avant la structure relationnelle de la conscience. La conscience est une instance qui se rapporte médiatement à des objets et immédiatement à soi. Autrement dit, se rencontrent en elle la conscience des objets et la conscience de soi. La conscience est toujours conscience de quelque chose (cf. Brentano et la phénoménologie) : elle est intentionnelle. Mais cette visée se rapporte toujours à soi-même. Tous les objets autour de moi sont du domaine de l’autre, de l’altérité. Et notre conscience les rapporte à soi : au même. Ainsi, la conscience fait dialoguer ces centaines de fois par jours les objets et le sujet (soi-même) ; l’altérité et la « mêmeté ».

Dès lors qu’on applique l’intentionnalité de la conscience à Dieu, elle trouve un « objet » tout à fait spécifique, puisque c’est l’objet même qui l’a créé (« moi-même et mon Créateur » selon l’adage de Newman). En cela, le dialogue de la conscience trouve une ampleur inédite du fait que Dieu est le tout-Autre (cf. Karl Barth). D’où la pertinence de proposer à la suite du Parcours Alpha une école de prière. La prière est précisément une disposition qui active de façon unique la structure dialogale de la conscience. Mettre en place une école de prière à la suite d’Alpha, c’est permettre à l’Esprit Saint de parler à la conscience des apprenti-disciples ; c’est lui-même qui les fera cheminer et avancer vers la pleine révélation du Christ en eux. C’est bien l’objectif du Parcours Dialogue avec Jésus que je vais publier aux Editions des Béatitudes en mai 2026 : un parcours post-Alpha dont le cœur est d’être une école de prière.

Enfin, une pastorale centrée sur des parcours de croissance est la seule à pouvoir activer tout le potentiel relationnel de la conscience. Car dans un parcours, s’instaure un dialogue entre l’exposé théorique de la foi et son appropriation en petits groupes. Ainsi, objectivité et subjectivité s’articulent dans la conscience des participants. C’est déjà ce que j’expliquais dans Chemin faisant[1]. Plus une pastorale repose sur le dynamisme relationnel de la conscience et plus elle sera féconde. Car c’est Dieu lui-même, par l’Esprit Saint, qui activera ce dialogue dans le for interne des participants, les faisant avancer dans leur vie de disciple.

En conclusion, il me semble que l’enjeu le plus décisif de la transformation pastorale est de refonder une pastorale respectant et s’appuyant sur la structure dialogale de la conscience. L’Eglise deviendra un peu plus une maison sure, et un lieu de grâces par la force et la douceur de l’Esprit Saint. En cela, le nouveau docteur de l’Eglise, le cardinal John Henry Newman, a beaucoup à nous apprendre pour y parvenir.


[1] Thibaut Girard, Chemin faisant : pour une pastorale synodale, Paris, l’Harmattan, 2023.

Publié par ThibautG

Vouloir l'Eglise que Dieu veut

Un avis sur « Refonder une pastorale sur la structure de la conscience »

  1. Bonjour Monsieur Girard,
    je me présente je m’appelle Ruben. J’ai été l’un de vos anciens élèves de français histoire-géo à l’école de Silvya Terrade à Angers. J’aimerais beaucoup communiquer avec vous.
    Voici mon adresse mail : rubmaxmau@gmx.fr

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