Que pouvons apprendre et intégrer de John Henry Newman pour la transformation pastorale d’aujourd’hui ?

A la suite de mes précédentes recherches et publications sur une pastorale du cheminement (cf. mon premier livre Chemin faisant, L’harmattan, 2023), j’avais mis à jour la dialectique nécessaire pour devenir disciple, entre l’objectivité de la foi et son appropriation subjective dans l’esprit du croyant authentique. D’où la pertinence d’une pastorale qui se centrerait sur des processus de croissance et non plus sur les sacrements (si importants soient-ils). Cela m’avait conduit intellectuellement à revaloriser la place de la conscience : c’est bien elle qui fait dialoguer l’apport extérieur objectif des vérités de la foi, avec la subjectivité individuelle du croyant qui est en train d’adhérer à tel ou tel aspect de la Révélation.

Par ailleurs, pour des motifs personnels, j’avais été conduit à cette notion de la conscience, prise entre la psychologie de Carl Jung et la spiritualité ignatienne. Je vous renvoie à la série d’articles[1] à ce sujet.

Le croisement de ces deux faisceaux m’ont conduit à ouvrir l’immense théologien du XIXe siècle : le cardinal John Henry Newman, tout juste nommé docteur de l’Eglise par le pape Léon XIV le 1er novembre 2025. Avec émerveillement devant la clarté et la profondeur de ses écrits, j’y trouve une matière à penser savoureuse pour la nécessaire transformation pastorale et pour la suite de mes recherches. Pour le premier article sur ce sujet, je propose de balayer rapidement les thématiques que je compte développer ultérieurement.

La première concerne la rencontre personnelle avec Dieu, dont paradoxalement, on parle si peu, et qu’on encourage si peu. Chez Newman, son expérience spirituelle vécut à l’âge de 15 ans fut décisive : il fait l’expérience de Dieu et simultanément de lui-même : « moi-même et mon créateur ». Tout est dans ce « et » qui fait articule soi-même et Dieu dans la conscience. Quel déplacement par rapport à Descartes !

La deuxième est que Newman est un penseur de la présence de Dieu. En cela, il rejoint certains traits de la pensée de S. Kierkegaard sur la contemporanéité de Dieu. Sur ce point, entre autres, il a sans doute nourri Vatican II. Mais j’entrevois chez lui une conviction qui n’a pas été reçu dans toute sa force.

La troisième est que la conscience est la clé de tout progrès spirituel : plus justement dit, de tout cheminement intérieur. Ainsi, c’est bien elle qui doit être au centre et qui rend pertinent une pastorale constituée de processus de croissance, au rythme où la conscience avance.

La quatrième est l’importance que trouve alors la prière de relecture précisément pour « prendre conscience » de Dieu. Puisque que la conscience fait connaitre Dieu, alors prendre conscience est l’acte par lequel activement et passivement (et donc paradoxalement), Dieu nous enseigne lui-même sur lui-même.

Enfin, la cinquième thématique est bien évidemment celle de l’accompagnement spirituel. Comment ne pas en parler aujourd’hui après la révélation d’une longue série d’abus, ou de manquement dans le cheminement des chrétiens.

Pour conclure, j’entrevois que Newman peut nous aider à penser autrement l’initiation chrétienne. En s’appuyant comme jamais sur la conscience comme « vicaire du Christ » (selon son expression), il nous oblige à proposer une initiation où ce vicaire serait tout à l’honneur. En cela, ses convictions convergent avec celles de Kierkegaard sur la dialectique nécessaire entre l’objectivité et la subjectivité pour ne pas rester dans le « comique » selon le mot du philosophe danois. Le XIXe siècle est véritablement le siècle de l’émergence de la subjectivité, émergence que notre Eglise n’a pas fini d’intégrer dans sa pastorale pourtant riche et variée. Encore et encore, foi et raison doivent continuer de dialoguer inlassablement !


[1] https://repenserleglise.fr/devenir-soi/

Publié par ThibautG

Vouloir l'Eglise que Dieu veut

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